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Le Consensus Systémique, une nouvelle manière très efficace de faire des choix tous ensemble

Vivre, travailler ou collaborer implique nécessairement le besoin de faire des choix collectifs. Il en va de même au niveau d’un couple, d’une famille, d’un clan et finalement de la société.

Lorsque des choix doivent être fait ou lorsque des décisions doivent être prises qui vont impacter tous les membres d’un groupe, on peut se demander comment les membres de ce groupe expriment habituellement leurs préférences ?

Par exemple, au sein de la famille comment va-t-on choisir la destination des vacances ? Au sein de l’entreprise, comment choisir entre l’option A et la B ? Au sein de la société comment choisir entre les candidats lors d’une élection ?

Il y a essentiellement 3 méthodes très répandues :

· La méthode du boss : c’est l’Autorité ou le Chef qui décide (en écoutant éventuellement au préalable, plus ou moins, les préférences des membres du groupe).

· La méthode du consensus : on se met tous d’accord au sein du groupe.

· La méthode du vote : la majorité des votes l’emporte.

Ces trois méthodes offrent des désavantages que la méthode du consensus systémique exposée ci-après permet d’éviter !

En ce qui concerne la méthode du boss, elle a le mérite de permettre une prise de décision, a priori rapide mais elle laisse peu de place aux membres du groupe et ne motive pas vraiment ces derniers à exprimer leurs préférences. Au final, il n’est pas du tout certain que le choix qui sera fait par le boss reflètera bien l’ensemble des préférences des membres du groupe.

Quant à la deuxième méthode, celle du consensus, elle vise non seulement à obtenir l’accord de la plupart des participants, mais essaie également de résoudre ou d'atténuer les objections de la minorité pour parvenir à une décision qui convient à tout le monde. Elle semble séduisante sur le papier mais en pratique elle n’est efficace que lorsque tout le monde est d’accord !

Dans le cas contraire le groupe doit discuter et faire valoir autant d'alternatives que possible jusqu'à ce que tous les membres du groupe consentent avec le plus grand accord à la solution « finale », même si ce n'est pas la préférée de chaque individu. Bien souvent,

· les gens du groupe commencent à se battre pour être entendus ;

· les conflits créent plus de résistance entre partisans et opposants ;

· les débats s’allongent, les esprits s’échauffent ;

· le processus de décision dure tellement longtemps que le groupe s'essouffle ;

· une fois la décision prise, le groupe se sépare en gagnants et en perdants ;

· et au pire, un veto peut bloquer la prise d'une décision.

La troisième méthode basée sur le vote démocratique est bien connue. Mais comme les deux premières, cette méthode n’est pas idéale car elle ne tient pas vraiment compte de la manière dont les gens expriment leurs préférences.

En fait, on peut observer que dans la grande majorité des cas, lorsque nous devons exprimer une préférence, nous n’adoptons pas de positions extrêmes. Par exemple, lorsqu’on vous demande si le plat qu’on vient de vous servir n’est pas trop salé ou trop chaud, vous allez probablement répondre « il manque un peu de sel », « c’est très bien comme ça », « il est un peu trop chaud ou trop salé » mais sans doute pas « il est immangeable » !

Le vote se trouve au cœur du processus démocratique. On demande à l’électeur de choisir pour ou contre, suivant une logique binaire sans aucune gradation. Comme les transistors d’un ordinateur : on est soit « pour », valeur 1, le courant électrique passe ou alors, on est soit « contre », valeur 0, le courant ne passe pas. Ceci alors que l’être humain ne fonctionne pas du tout de manière binaire dans ses choix et exprime généralement ses préférences de manière très nuancées.

Dans le processus de vote traditionnel, ce qui est recherché ce n’est pas nécessairement la solution idéale pour le groupe mais l’approbation des personnes qui votent. Chaque électeur vote avec une sélection unique. Ainsi s’il faut choisir entre la solution A, B ou C, chaque votant ne pourra choisir qu’une seule solution. Son vote est donc « une ressource rare » et certains seront prêt à tout pour obtenir le vote des électeurs (promettre n’importe quoi, mentir, embellir, cacher ou divulguer des informations, etc).

Au terme de l’élection, comme la majorité vote pour un point et la majorité du groupe obtient ce qu'elle veut, il sera difficile d'obtenir un engagement de la part de la minorité perdante puisqu'elle refuse son soutien.

Il existe une 4ème méthode, très efficace, inventée par Erich Visotschnig, la méthode du consensus systémique. De prime abord elle semble complexe mais en pratique, elle ne l’est pas.

Imaginons qu’un groupe de personnes doivent choisir parmi plusieurs possibilités.

On part de l’idée que les préférences d’une personne sont nuancées : elle peut par exemple être totalement d’accord, plus ou moins d’accord, ne pas avoir d’objection, être légèrement en désaccord, avoir des objections, être totalement opposée.

On établit une liste d’opinions possibles et pour chacune on lui attribue un score. Par exemple,

« 0 » signifie absolument aucune résistance, c'est-à-dire un accord complet avec la solution ou la proposition. — "Je soutiens fortement cette proposition."

« 5 » représente une résistance maximale, c'est-à-dire une objection totale. — "J'ai d'énormes objections, je refuse massivement cette proposition."

Et on fixe des valeurs intermédiaires entre ces deux extrêmes.

Le but est de rechercher l’acceptation et non l’approbation, chacun va pourvoir donner son opinion (donc un score) sur chaque proposition et non pas élire la « moins pire » des solutions.

Comme les gens ont tendance à voir plutôt les points sur lesquels ils sont en désaccord plutôt que ceux où ils sont d’accord, la méthode vise à rechercher l’option qui minimise le nombre d’objections. Pour trouver l’option qui offre le moins de résistance, on demande aux membres d’indiquer pour chaque option, leur niveau d’objection.

Une fois les votes réalisés, on somme les objections par proposition. Celle qui remporte le moins d’objection est « gagnante ».

Par exemple : Anne, Claire, Pierre et Jean veulent partir en vacances ensemble. Ils hésitent entre la destination A, B, C et D. Ils conviennent que l’on peut être : tout à fait d’accord (0), plus ou moins d’accord (1), ne pas avoir d’objection (2), être légèrement en désaccord (3), avoir des objections (4), être totalement opposé (5).

Ils indiquent pour chaque destination leur préférence et regroupent leurs choix respectifs dans une table :

Ainsi Anne est totalement opposée à la destination A mais adore la destination C. Jean quant à lui est quasiment favorable à toutes les options, et ainsi de suite …




La destination C est celle qui offre la moindre résistance à l’ensemble des participants (score total de 4), la destination D est celle qui convient le moins au groupe (score de 10).

Cette méthode permet également de sonder l’avis d’un groupe sur une série d’options afin d’estimer le niveau de résistance des membres. Si le soutien du groupe pour les différentes options est faible (score élevé pour chaque option) cela donne la possibilité de les améliorer et de revoter. Le consensus systémique permet aussi d’identifier quels membres sont particulièrement opposés à une option et ainsi d’entamer une discussion avec eux pour tenter d’améliorer et gagner leur soutien.

C’est cette méthode qui sera utilisée au sein de Vibrerlocal pour permettre aux membres de décider comment allouer l’argent des cagnottes régionales aux différents projets. En savoir plus ? Regardez notre vidéo sur le sujet et rejoignez-nous 😊

Pascal Roussel

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